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GRANDS PERSONNAGES

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BRILLANT, JEAN
(1890-1918)


Militaire de carrière né le 15 mars 1890 dans le village de Assemetquagan (Routhierville), dans la vallée de la Matapédia.

Jean Brillant, baptisé Jean-Baptiste-Arthur, est le fils de Joseph Brillant et de Rose-de-Lima Raiche. Si Jean passe son enfance dans un milieu rural paisible, sa destinée le sera beaucoup moins. En effet, sa carrière militaire le fera participer au plus meurtrier des conflits armés que le 20ème siècle a connu : la Première Guerre mondiale.

La vie militaire est affaire de famille chez les Brillant : l’ancêtre Olivier Morel de La Durantaye arrive au pays avec le régiment de Carignan-Salières vers 1665. Henri de Boisbrillant de La Durantaye, l’arrière-grand-père de Jean, fut lieutenant dans le 1er bataillon de Cornwallis, et Octave de Boisbrillant, un grand-oncle, fut enseigne au 1er bataillon de milice de Rimouski. Enfin, Jules-André, grand frère de Jean, fut colonel honoraire des fusiliers du Saint-Laurent.

Jean est encore jeune lorsqu’il propose ses services au 89e régiment du Témiscouata et de Rimouski - régiment devenu les fusiliers du Saint-Laurent en 1920. En 1916, alors que la Grande Guerre fait rage depuis deux ans, souhaitant faire partie du Corps expéditionnaire canadien, il déclare avoir déjà servi treize ans avec cette unité. Il détient à ce moment-là le grade de lieutenant. 

Selon Léopold Lamontagne, historien du 89e régiment, Brillant avait étudié au collège Saint-Joseph de Memramcook, au Nouveau-Brunswick, puis au séminaire de Rimouski en 1904-05. Par la suite, il travailla comme télégraphiste pour un chemin de fer.

Au cours de l’année 1915, le 22e bataillon - seule unité d’infanterie canadienne-française à servir sur les champs de bataille durant la Grande Guerre, nécessite des renforts. Le major Philippe-Auguste Piuze entreprend alors de lever lui-même un bataillon dans une région qu’il connaît bien pour y avoir vécu, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.
 
Le 10 janvier 1916, il obtient du ministre de la Milice et de la Défense l’autorisation de former sa troupe. C’est ainsi qu’il entreprend de mettre sur pied le 189e bataillon d’infanterie du Corps expéditionnaire canadien. Il fait appel au 89e régiment avec lequel il avait servi et Brillant, qui s’y trouve encore, se joint à lui.

Brillant quitte son emploi de télégraphiste et après un entraînement d’environ 6 mois à Valcartier, débarque en Angleterre le 27 septembre 1916. Il est alors affecté au 69e bataillon d’infanterie, puis le 27 octobre il traverse en France rejoindre le 22e bataillon en attente à Bully-Grenay.

Le premier hiver de Brillant au front est calme. La 2e division, à laquelle appartient le 22e bataillon, est positionnée en face de Liévin, dans le nord-est de la France, où l’armée allemande s’est fixée. Seules de petites avances des alliés ici et là ponctuent le quotidien. 

Brillant passera de longues journées dans des tranchées malsaines qui lui rendent la vie pénible. Il s’en confie aux siens ainsi : « Je suis dans les tranchées depuis un mois et demi ; on a hâte de voir les boches » (12 décembre 1916) ; « notre front est d’un calme désespérant » (15 décembre 1916).

Entre le 9 et le 14 avril 1917, il prend part à l’offensive canadienne contre la crête de Vimy, mais quelques jours plus tard, il est hospitalisé. Le 20 avril, il écrit à son père : « Je suis à l’hôpital malade des fièvres des tranchées. Je me hâte d’ajouter que cette maladie n’a rien d’alarmant, un peu de fièvre avec une grande lassitude dans les jambes, qui va quelquefois jusqu’à l’incapacité de marcher. » 

Il a alors l’occasion de visiter les villes de Calais, Boulogne-sur-Mer et Paris. En juillet, il est admis à l’hôpital d’Étaples, au sud de Boulogne. Il ne regagne son unité que le 19 septembre, après deux mois d’absence.

L’année 1918 sera cependant fort différente pour Jean. Le 1er mai, il écrit à un oncle : « Nous sommes de plus en plus occupés, il se prépare de grandes choses pour un avenir prochain. Que cette guerre effroyable coûte de sang et de souffrances! Il peut y avoir un certain plaisir à l’art militaire, à prendre un objectif longtemps convoité, à faire de la tactique, mais ces considérations vont toujours avec accompagnement de douleurs et de larmes. »
 
Dans la nuit du 27 mai, alors à proximité de Boiry-Becquerelle (à 180 km au nord de Paris), Brillant prend part à l’assaut d’un poste allemand défendu par deux mitrailleuses et une cinquantaine d’hommes. À la tête de son groupe, il s’élance au-delà des barbelés, sous les tirs ennemis. Près de l’objectif, il aperçoit quelques hommes prenant la fuite. Il en met 4 hors de combat et en capture un cinquième, qui fournira de précieux renseignements aux Canadiens. Pour avoir combattu ce jour-là malgré ses blessures, Brillant recevra la Croix militaire le 16 septembre 1918.

Brillant s’illustre à nouveau à la bataille d’Amiens. Le 8 août, voyant qu’une mitrailleuse menace le flanc gauche de sa compagnie, il s’en empare et tue deux mitrailleurs. Blessé au bras gauche, il refuse l’évacuation et revient au combat le lendemain. Commandant cette fois deux pelotons au cours d’un combat à la baïonnette et à la grenade, il capture 15 mitrailleuses et fait 150 prisonniers.
 
Blessé à la tête, il refuse une fois de plus de quitter sa compagnie et mène peu après une charge contre un canon tirant sur son unité. Atteint cette fois au ventre par des éclats d’obus, il poursuit son avance vers la pièce convoitée mais s’écroule pour ne plus se relever.
 
Il meurt le lendemain 10 août dans un hôpital de campagne, à l’âge de 28 ans. « Pour bravoure exceptionnelle et zèle infatigable dans l’accomplissement de son devoir », il recevra à titre posthume la croix de Victoria, la plus haute décoration britannique. Il repose au cimetière militaire australien de Villers-Bretonneux, près d’Amiens.

Le souvenir du lieutenant Jean Brillant est conservé de diverses manières, notamment au Musée du Royal 22e Régiment de Québec, au parc Jean-Brillant de Montréal, à la Base des Forces canadiennes de Valcartier, à Rimouski, à Sainte-Foy et dans plusieurs publications commémoratives.