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GRANDS PERSONNAGES

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COMEAU, NAPOLÉON-ALEXANDRE
(1848-1923)


Chasseur, garde pêche, fonctionnaire, naturaliste, sage-homme et auteur, né le 11 mai 1848 au poste des Îlets-Jérémie, en Haute-Côte-Nord.

Napoléon-Alexandre Comeau, dont le nom de baptême véritable est Alexandre-Napoléon, est né en 1848 au poste de traite des Îlets-Jérémie, un lieu de commerce et de rassemblement estival des Innus situé entre les communautés actuelles de Forestville et Pessamit (Betsiamites). Il est le fils de Antoine-Alexandre Comeau, commis de la célèbre et puissant entreprise de traite anglaise Hudson’s Bay Company, et de Luce Hall, dite Mary Bédard.

Le 14 juin 1871, alors âgé de 23 ans, il épouse (probablement à Godbout) Marie-Antoinette Labrie, qui décède en 1889. Le 23 novembre 1889, il prend comme seconde épouse Victoria Labrie lors d’un mariage célébré à Saint-Patrice-de-la-Rivière-Pentecôte, village à une quarantaine de km à l’ouest de l’actuelle ville de Port-Cartier. De cette union naissent 9 garçons et 3 filles.

L’enfance de Comeau est vécue au gré des affectations de son père dans les différents postes de traite que ce dernier dirige, que ce soit aux Îlets-Jérémie, à Mingan ou à Sept-Îles. Napoléon-Alexandre semble doué pour les langues, car au passage à l’âge adulte il parle déjà couramment le français et l’anglais, et maîtrise dans une certaine mesure les langues innue-naskapie et inuktitute.
 
En 1859–1860, il fréquente l’académie française et anglaise de G. W. Lawler à Trois-Rivières. Après cette unique année d’études, il revient sur la Côte-Nord et est engagé comme gardien attitré de la rivière Godbout. Cette rivière, réputée excellente pour la pêche du saumon, est alors une destination privilégiée des financiers et des politiciens canadiens et américains, surnommés « sportsmen », qui viennent y taquiner le Roi de l’Atlantique. Comeau conservera ce poste pendant plus de soixante saisons de pêche!

Dès l’hiver de 1862, encore adolescent, il est initié par le chasseur innu Plutée Ashini au trappage, une activité complémentaire à la pêche chez plusieurs villageois. Les fourrures récoltées, telles celles des castors, martres, visons, renards et autres espèces, sont vendues aux postes des différentes compagnies installées dans la communauté innue de Betsiamites ou dans les hameaux voisins. Comeau agit d'ailleurs comme acheteur intermédiaire entre les chasseurs autochtones et la Hudson's Bay Company.

Vers la fin des années 1870, Comeau délaisse le métier de trappeur au profit de différentes activités administratives. Il sera maître de poste (à partir de 1877), agent des pêcheries (vers 1879) et agent du télégraphe (autour de 1884) pour les villages de Manicouagan, Godbout, Baie-des-Cèdres (Franquelin), Pointe-des-Monts, Îlets Caribou, Îles-de-Mai et Rivière-Pentecôte.
 
De plus, grâce à des connaissances anatomiques acquises de façon autonome par la pratique et des lectures assidues, auxquelles s’ajoute une formation sommaire auprès de deux médecins de l’hôpital Jeffery Hale de Québec, il assure les soins de santé de base à des dizaines de familles pionnières et autochtones. Au cours de sa fructueuse carrière de « sage-homme » reconnu, il effectue quelque 200 accouchements.

Un événement extraordinaire survenu en janvier 1886 le rendra célèbre dans la province et même au-delà. Chassant le phoque en canot devant la Pointe-des-Monts en compagnie de son frère Isaïe, ils se font piéger dans les glaces. Plus au large, ses beaux-frères Alfred et François Labrie se retrouvent dans la même situation critique, alors que leur embarcation est elle aussi poussée par des vents contraires vers la pleine mer. 

Napoléon-Alexandre et son frère Isaïe les aideront durant cette dérive qui dura plusieurs dizaines d’heures et qui prendra fin 60 km plus au sud, dans le secteur de Cap-Chat, où ils seront secourus. Après un séjour à Québec, ils regagneront la Côte-Nord. L’aventure retient l’attention des journaux de l’époque et vaut, à lui et à son frère, des décorations. Le toponyme et les armoiries de la ville de Baie-Comeau, qui sera inaugurée en 1937, commémorent cet exploit.

Curieux, autodidacte et bien initié aux mystères de la nature nord-côtière, Comeau se révèle un naturaliste averti. Ses rencontres et sa correspondance avec des scientifiques canadiens et américains lui permettent de mettre en valeur ses vastes connaissances non seulement du saumon atlantique, mais aussi de la faune de la Côte-Nord en général.
 
Comeau collabore avec des chercheurs de l’Université Laval à Québec et de la Smithsonian Institution de Washington, en particulier par son inventaire des oiseaux de la région de Pointe-des-Monts, paru en 1882 dans le Bulletin of the Nuttall Ornithological Club de Cambridge, au Massachusetts. Ses habiletés, ses exploits de chasse et de pêche, sans oublier ses connaissances de la culture autochtone composent la trame des articles qu’il signe dans le National Geographic Magazine de Washington, et dans le Forest and Stream de New York.
 

En 1909, il publie à Québec une autobiographie riche d’anecdotes et d’observations, qui contient de plus son inventaire des oiseaux et est intitulée « Life and Sport on the North Shore of the Lower St. Lawrence and Gulf ».  Elle sera rééditée en 1923 et 1954 et paraîtra en français en 1945 sous le titre de « La Vie et le Sport sur la côte nord du bas Saint-Laurent et du golfe »; un ouvrage réimprimé en 1983.
 
Le gouvernement fédéral confirme la valeur de l’expérience de Comeau en le nommant coresponsable d’une enquête qui a lieu en 1914, sur les pêcheries de la région de la baie d’Hudson. Comeau participe dans les années suivantes à l’élaboration de l'entente canado-américaine sur les oiseaux migrateurs. Il est membre-conférencier de la Société Provancher d’histoire naturelle du Canada et de l’American Ornithologists’Union.

Napoléon-Alexandre Comeau décède le 17 novembre 1923 à Godbout. Peu après, la Société Provencher d’histoire naturelle y érige un monument commémoratif, dont une réplique a été installée au Jardin zoologique de Québec en 1933. Plusieurs écrivains se sont intéressés à ce personnage particulier, dont Yves Thériault qui lui consacrait en 1960 une biographie intitulée « Le Roi de la Côte Nord ».