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GRANDS PERSONNAGES

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BARRY, Robertine
(1863-1910)


Journaliste, écrivaine, éditrice de revue, conférencière, militante féministe et fonctionnaire née le 26 février 1863 à L’Île-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent.

Robertine Barry grandit au village de L’Île-Verte, près de Trois-Pistoles. Elle est fille de John Edmond Barry et d’Aglaée Rouleau. Son père est irlandais d’origine, élevé dans une famille de bonne société. Il émigre au Canada au milieu du 19e siècle, où il trouve du travail dans les chantiers forestiers qu’exploite le célèbre industriel William Price.

Maîtrisant les langues française et anglaise, Barry devient vite une personnalité éminente du Saguenay: il sera maire, juge de paix, commissaire des petites causes et même vice-consul de Suède et de Norvège. Son épouse Aglaée, native de L’Île-Verte, élève ses 13 enfants dans les préceptes catholiques traditionnels.

Robertine profite de la meilleure éducation dont puisse bénéficier une fillette de cette époque. Elle fréquente l’école élémentaire de Les Escoumins de 1868 à 1873, ce petit village de la Haute-Côte-Nord où s’est installée sa famille quelques années auparavant.

En 1873, les Barry viennent s’établir à Trois-Pistoles. Robertine y est admise comme demi-pensionnaire, au couvent Jésus-Marie. Elle poursuit ses études à Québec, en pension chez les Ursulines, de septembre 1880 à juillet 1882. Six travaux de la future journaliste figurent dans le journal des étudiantes « l’Écho du cloître »,  pour les années 1880 à 1882.

Neuf ans après l’obtention de son diplôme de fin d’études en journalisme en 1882, Robertine, qui a adopté le nom de plume de Françoise, signe ses premiers articles dans la Patrie de Montréal, un journal dirigé par Honoré Beaugrand. L’auteure y publie quatre articles sur l’éducation, puis trois contes qui se retrouveront plus tard, accompagnés d’une douzaine d’autres, dans les Fleurs champêtres.

Dans la préface de ce recueil, elle écrit : « L’odeur du terroir qu’exhale ce recueil de nouvelles est fortement accentuée et pourrait sembler exagérée ou surchargée peut-être, si je ne me hâtais d’expliquer que j’ai voulu recueillir en un faisceau d’historiettes, les traditions, les touchantes coutumes, les naïves superstitions et jusqu’aux pittoresques expressions des habitants de nos campagnes,  avant que tout cela ne soit complètement disparu. » Françoise reçoit les éloges de la presse avec son livre, mais soulève les critiques de certains qui trouvent que Barry brosse un portrait péjoratif des paysans.

Du 21 septembre 1891 au 5 mars 1900, Françoise signe à chaque semaine sa « Chronique du lundi », où elle entretient son public lecteur de tout, sauf de religion et de politique, qui demeurent l’apanage du journalisme masculin à cette époque.

En 1900, 87 de ses articles parus dans la Patrie entre 1891 et 1895 sont publiés à compte d’auteur,  dans un recueil intitulé Chroniques du lundi. Parallèlement, Barry participe à la rédaction de la page féminine hebdomadaire du journal, le « Coin de Fanchette », à l’intérieur de laquelle, avec ses « Réponses aux correspondants », elle inaugure au Québec,  l’ère des courriers du cœur. Par la suite, sa collaboration à cette rubrique s’intitulera « Causerie fantaisiste », pour la période allant du 10 septembre 1898 au 10 mars 1900. Robertine termine sa carrière à la Patrie par une série de lettres qu’elle adresse à ses lectrices et lecteurs durant son séjour à l’Exposition universelle de Paris, d’avril à septembre 1900. Chacune d’elles paraît sous le titre de « Lettre de Françoise ».

Pendant toutes ces années au service de la Patrie et même ensuite, Françoise contribue aux publications montréalaises le Coin du feu, le Bulletin, le Franc Parler, la Femme, la Revue populaire, Revue canadienne, le Samedi, l’Album universel, la Kermesse, la Charité, Almanach du peuple, la Revue nationale et la Feuille d’érable. Ces collaborations se limitent toutefois à quelques articles seulement dans chaque périodique, sauf une année de publication mensuelle dans la Revue nationale en 1895-96.

Mais l’œuvre majeure de Robertine demeure le Journal de Françoise, une revue bimensuelle qu’elle fonde et dirige. Publié de 1902 à 1909, le périodique rassemble des signatures de choix (Laure Conan, Joséphine Dandurand, Marie Gérin-Lajoie, Juliette Adam, Émile Nelligan, Louis Fréchette, Albert Lozeau, Jules Claretie et autres) et présente des rubriques variées, surtout destinées aux femmes. Personnalité montréalaise bien en vue, Françoise est très sollicitée et prête volontiers ses textes et son éloquence aux œuvres philanthropiques: son nom figure sur les listes de convives, elle préside des campagnes de souscription, elle patronne des kermesses et réclame la fondation de bibliothèques publiques.

L’action sociale est au cœur des thèmes qu’elle aborde lors des nombreuses conférences qu’elle donne régulièrement et où elle revendique de meilleures conditions de vie pour les enfants, les vieillards et les femmes. C’est en ce sens qu’on la consacrera comme une des figures de proue du féminisme québécois de l’époque.

À partir de 1900, « Mlle Françoise » acquiert assez de notoriété pour récolter quelques honneurs : nommée, avec Joséphine Dandurand, représentante des Canadiennes à l’Exposition universelle de Paris (1900), elle signe un chapitre intitulé « les Femmes canadiennes dans la littérature », d’un ouvrage distribué lors de l’événement et elle participe au Congrès international des femmes.

En 1904, le gouvernement français lui décerne le titre d’« officier d’académie »; en 1906, elle représente le Canada à l’Exposition universelle de Milan. Quelques mois seulement avant son décès prématuré à l’âge de 46 ans, survenu le 7 janvier 1910 à Montréal, le premier ministre libéral de la province de Québec, sir Lomer Gouin, la nomme inspectrice du travail féminin dans les établissements industriels.

Figure importante de l’histoire du féminisme et du 19e siècle canadiens, Robertine Barry a inculqué une nouvelle mission à la presse de l’époque : fournir une tribune, non seulement aux interminables guerres politiques, mais à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui s’intéressent à la culture en général et au mieux-être de toutes et de tous.