DÉCOUVERTE DES RÉGIONS

HISTOIRE DES PEUPLES

 

Le peuplement euro-canadien de la grande région de l’Est du Québec est très récent, lorsque l’on considère que des peuples autochtones y vivent depuis quelque 8000 ans! C’est le Bas-Saint-Laurent qui accueille d’abord des colons : entre 1672 et 1751, ce sont 24 seigneuries qui sont concédées sur ce territoire, dont 21 sur la rive du fleuve et 3 à l'intérieur des terres, autour des lacs Matapédia, Métis et Témiscouata.

En Gaspésie, c’est au milieu du 18e siècle que les Français Nicolas Denys, Pierre Denys et Denis Riverin se font octroyer des seigneuries. Des postes de pêche et de traite permanents sont aussi ouverts à Percé et à Mont-Louis, qui fournissent des produits de la mer aussi bien à la Nouvelle-France qu'au vieux continent.

Toutefois, les pêches gaspésiennes rencontrent de nombreux obstacles relatifs au sous-financement et à la difficulté d’attirer les colons dans un climat rude. À la fin du régime français, la Gaspésie ne compte que quelques centaines d'habitants. À la suite des hostilités entre l’Angleterre et la France, la Baie-des-Chaleurs se peuple d'Acadiens chassés de leurs terres et réfugiés à Restigouche. Dans les années 1780, on assiste à l'arrivée des Loyalistes anglo-américains restés fidèles à la Couronne britannique, suite à l'indépendance des 13 colonies américaines.

C’est après la conquête que l'industrie de la pêche peut enfin se développer. De nouveaux établissements sont fondés et les anciennes seigneuries sont vendues à des marchands puis converties en postes de pêche. À cette époque, la Gaspésie vit presque exclusivement de ses propres ressources, puisque non-reliée par voie terrestre au reste de la province.

C’est une fois de plus le contexte militaire qui change la donne : face à la menace américaine, le gouvernement décide de relier militairement Québec à Halifax par la terre, en coupant à travers la Gaspésie. Complété en 1832, le chemin Kempt relie la région de Métis à la Baie-des-Chaleurs, en passant par la vallée de la Matapédia. Ce chemin servira de prélude au développement de la région.

Jusqu'en 1831, la population bas-laurentienne vit principalement le long du fleuve. Elle passe de 400 résidents en 1829 à 11 169 en 1881, suite au développement agricole des basses-terres. Puis, William Price et d’autres entrepreneurs fondent des scieries procurant de l'emploi en usine et en forêt et exportent vers la Grande-Bretagne et les États-Unis. Enfin, Rimouski développe une vocation de centre de services régional avec l'établissement d'un palais de justice (1862), la création du diocèse de Rimouski (1867) et l'ouverture d’un séminaire (1871).

Aux Micmacs, Acadiens et Loyalistes vivant déjà en Gaspésie,  s'ajoutent des Québécois, venant de Québec et du Bas-Saint-Laurent, tout comme des immigrants écossais, irlandais ou anglo-normands. En 1860, ces communautés réunies totalisent 24 500 habitants, dont près de la moitié est anglophone. Alors que les villages se concentrent dans la Baie-des-Chaleurs, l'intérieur et le côté nord de la péninsule demeurent pratiquement inhabités.

 

 

Construction des maisons des employés de la compagnie minière Iron Ore Company, dans le quartier dit « townsite » de Sept-Iles, le 30 novembre 1953.

Crédit: Musée régional de la Côte-Nord, Fonds IOC 1996.x.201

 

 

Le virage du 20e siècle

À la fin du 19e siècle, la Gaspésie brise son isolement grâce à l'arrivée des bateaux à vapeur qui relient plus rapidement Québec et les autres régions. La route est également achevée entre Sainte-Anne-des-Monts et Gaspé, ouvrant à la circulation toute la péninsule. Enfin, un chemin de fer reliera la côte à la pointe, en passant par la vallée de la Matapédia et la Baie-des-Chaleurs.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, l’élite politique et cléricale souhaite freiner l’exode des Canadiens-français vers les États-Unis. Alors que la Côte-du-Sud a déjà peu de terres à offrir, il en va autrement à l’est de Rivière-du-Loup. C’est ainsi que de 1890 et 1920, la population des vallées du Témiscouata et de la Matapédia passe de 7000 à 34 000. Des hameaux apparaissent également sur le littoral de la Baie-des-Chaleurs, de la vallée de la Matapédia et des régions de Métis et de Matane.

 

Et sur la Côte-Nord...

Alors que le 17e siècle marque l’amorce d’une colonisation française durable dans la vallée du Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, le commerce des fourrures entraîne tout au plus l’établissement de quelques comptoirs de traite à l’embouchure des rivières importantes. Les Innus qui les fréquentent occupent l'intérieur des terres pendant la saison froide, chassant l'orignal et le caribou et rejoignent la mer en été afin d’exploiter le saumon et d’autres ressources côtières.

De rares seigneuries centrées sur la pêche sont accordées au 17e siècle, dont celles de Mille-Vaches (1653, près de rivière Portneuf), ou des îles et îlets de Mingan (1679),  puis d’Anticosti (1680) offertes à Louis Jolliet, mais leur existence est éphémère.

Le 18e siècle est celui des concessions, ces territoires accordés pour un temps limité à des marchands et officiers civils de la colonie afin d’y exercer des activités de pêche au saumon, de chasse au loup-marin ou encore de traite avec les Innus ou les Inuits. C’est presque l’ensemble du territoire en aval de Natashquan qui est ainsi concédé.

La Conquête britannique de 1759 modifie bien peu la conduite des activités économiques sur ce territoire, d’abord perçu comme un inépuisable réservoir de fourrures et de morues.

C’est suite à la faillite de la Labrador New Concern en 1820 que s’amorce enfin le peuplement permanent de la Basse-Côte-Nord. Il sera l’affaire de quelques engagés européens des anciennes concessions de pêche qui s’installent à demeure à Brador, Rivière Saint-Paul et La Tabatière, ensuite rejoints par des gens des Îles Jersey & Guernesey, de la Côte-du-Sud ou d’ailleurs.

En amont, c’est la perte, en 1842, du monopole de l’occupation des terres détenu par la puissante Hudson’s Bay Company qui fait basculer l’histoire régionale : la Haute-Côte s’ouvre alors au développement forestier, à la construction de nombreuses scieries et donc,  à la colonisation nécessaire des lieux côtiers de chargement du bois, comme  Tadoussac, Bergeronnes et Les Escoumins. On voit s’y installer des dizaines de familles, provenant surtout de la région de Charlevoix.

Le centre de la Côte voit ensuite naître dès 1854, les communautés de Kégaska, Natashquan, Pointe-aux-Esquimaux (futur Havre-Saint-Pierre) et English Bay (sur Anticosti), fondées par des familles des Iles-de-la-Madeleine. Des gens de la Baie-des-Chaleurs fondent aussi plusieurs villages entre Moisie et Longue-Pointe-de-Mingan. Enfin, des Terre-Neuviens s’établissent dans l’est de la Côte, comme à Fox Bay sur Anticosti, à Kegaska, Harrington-Harbour et Old Fort.

Le 20e siècle est celui de l’industrie de la pulpe de papier (Portneuf, Pentecôte, Clarke-City, Shelter Bay, Baie-Comeau...), de l’hydroélectricité (les temporaires Labrieville, Lac Louise, Micoua) puis des mines et de la métallurgie (Sept-Iles, Schefferville, Port-Cartier, Gagnon, Fermont), autant d’industries qui attirent des milliers de gens, qu’ils soient de la Rive-Sud, du centre du Québec, des provinces Maritimes et même d’Europe!

En 2012, la population de la Côte-Nord s’élève à 98 000 personnes, celle du Bas-Saint-Laurent frôle les 200 000, alors que 92 500 personnes vivent en Gaspésie / Îles-de-la-Madeleine. La métropole de l’est du Québec est Rimouski, avec 48 000 résidents.